Témoignage

Soigner : Nice, 14 juillet 2016 – Marc Magro

Merci à NetGalley et aux éditions First de m’avoir permis de lire ce livre.

J’ai souhaité découvrir ce livre qui traite des attentats du 14 juillet 2016 car on a l’occasion d’avoir le ressenti des soignants à l’état brut. Le Dr Magro, leur a demandé de raconter ce qu’ils ont vécu ce soir là et les répercussions que cela a eu sur eux, leur entourage plus tard. En tant que soignante, je trouvais ça important, pour moi, d’avoir leur ressenti. Loin du voyeurisme, c’est surtout comprendre, entendre leur souffrance et voir tout ce qu’ils ont traversé, ce qu’ils ont vécu ce fameux soir. On a différents témoignages, partant de l’aide-soignant au médecin comme au sapeur-pompier ou l’infirmier mais également le psychologue. Les témoignages viennent de diverses professions ce qui rend les mots encore plus fort. Le Dr Magro nous dit dès le début comment il a décidé de procéder pour rédiger ce livre et pourquoi il a fait de cette façon. Je trouve que la façon dont il a construit donne plus d’ampleur au témoignage et au déroulement des évènements. On a pas seulement un témoignage l’un après l’autre, mais chacun est imbriqué dans l’autre ce qui permet d’avoir une continuité de la soirée et voir où chacun se trouvait ce soir-là et ce qu’elle a été l’une de leurs premières réactions.

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Résumé :

Un an après, les héros du plan Blanc de Nice racontent leur 14 juillet 2016.

Qu’ils soient médecin, infirmier/ère, aide-soignant(e), pompier,
Qu’ils aient été de garde, mobilisés à 23 heures, ou se soient trouvés dans la foule à titre personnel,
Qu’ils aient sauvé des vies, tenu des mains blessées ou compté des morts,

La nuit du 14 juillet 2016 restera gravée dans leur mémoire. Ce livre est leur thérapie collective. Une tentative de saisir l’indicible, de trouver les mots qui soignent leurs maux après avoir pansé le sang des autres

Editions First

320 pages

Prix : 16€95

« Les Hommes ont souvent moins de courage pour affronter les petits ennuis que les grandes catastrophes »

Avis :

En lisant ce témoignage, j’ai été replongé un an en arrière. On n’ose pas y croire, on se dit « pas encore » et pourtant… à ceux qui l’ont vécu je n’ose imaginer la détresse qui a pu les traverser surtout à ceux qui ont perdu des proches. Lorsque j’ai lu ce moment où les soignants se sentent impuissant face à la détresse des proches des victimes mais également se retrouvent face à leur propre désarroi, l’émotion m’a envahi assez vite et d’une façon dont je ne m’y attendais pas.

J’ai relevé plusieurs citations au cours de ces témoignages qui m’ont touché et m’ont renvoyé à certaines situations même si je ne travaille pas dans un service d’urgences.

J’avais peur en commençant ce livre qu’on soit quand même versé dans le mélo-dramatique… au contraire ! Je trouve que c’est retranscrit de telle façon qu’on est nous-même touché par ce qu’ils racontent. On sent qu’ils ont réellement vécu ce moment, qu’ils ont été parfois déconnectés, démunis face à tous ces cadavres, à tous ces enfants qu’ils n’ont pas pu sauver. Et je pense que c’est ça le pire, l’impuissance que beaucoup ont ressenti à l’idée de ne pouvoir sauver tout le monde et surtout d’avoir à choisir ceux à qui ils prodigueraient les soins en premier.

Le livre rapporte aussi l’organisation après l’attentat, la mise en place du plan blanc qui a permis de rappeler nombre de soignants pour venir en aide aux différents centres de soins. Cela a également permis une prise en charge adaptée même si devant la panique de certains beaucoup ont afflué sans passer par le PMA. On voit vraiment l’envers du décor et tout ce qui s’organise, malheureusement, autour d’un tel évènement. Cela permet également une meilleure cohésion d’équipe, comme le raconte si bien certains soignants. Beaucoup travaille en binôme pour apporter les meilleurs soins possibles aux victimes, tant physiques que psychologiques même s’ils doivent aller vite pour s’occuper de tout le monde.

« La médecine d’urgence est le résultat de siècles de guerres et de conflits. Une discipline qui a été définie par des médecins, des infirmiers, devant des bâtiments bombardés […]. Ils ont fini par créer une nouvelle forme d’art qu’on perpétue encore aujourd’hui. »

Ici, le dr Magro rapporte aussi la mise en place d’une cellule psychologique pour ceux qui ont été victime de l’attentat mais également témoins. Et heureusement que cela a pu se faire autant pour les victimes que les témoins. Même si cela ne remplace pas une thérapie, elle permet d’apporter un certain apaisement, certes temporaire, aux personnes et leur permettre de « mieux vivre » ça si je peux me permettre.

Ce qui m’a également beaucoup plu dans ce livre c’est l’après attentat, des mois plus tard. Où l’on voit ce que les soignants sont devenus et ce qu’ils ont fait pour surmonter ce choc. Et c’est la partie qui m’a la plus émue qui a failli me faire verser de nombreuses larmes. On voit la reconstruction de certains infirmiers, médecins, sapeurs-pompiers et ce qu’a changer les attentats dans leur vie au quotidien, mais aussi au travail.

« Arrêter, ce serait donner raison à ceux qui n’attendent que ça. »

En bref, c’est un récit de témoignage que nous a partagé le Dr Magro, qui permet de prendre conscience que même si dans notre métier on en voit de toutes les couleurs on est jamais protégés par l’horreur humaine et surtout pas par ce genre d’horreur. Ces soignants ont fait preuve d’énormément de courage, d’empathie, de cohésion en cette nuit du 14 juillet.

Tout au long de ce livre je me suis demandée comment est-ce que je réagirais en pareille situation que je sois seule ou accompagnée. On nous forme avec le Plan blanc dans les hôpitaux mais rien ne nous prépare réellement à la réalité du terrain. En tout cas, ce fût j’ai aimé découvrir ce livre avec tous ces témoignages même si ce fût parfois difficile à lire.

« Etre soignant, c’est aussi sortir des chemins battus, oser s’engager sur des routes inconfortables où toute la technique que nous avons apprise est aussi essentielle qu’accessoire. »

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3 commentaires sur “Soigner : Nice, 14 juillet 2016 – Marc Magro

  1. Je viens de tombé sur ta chronique, via à livraddict.. Je ne savais qu’il y avait un livre sur ce qui s’est passé durant cette nuit de cauchemar. je l’ai véçu car j’étais présente cette nuit sur la promenade des anglais avec mon copain. J’aurai aimé avoir le courage de le lire afin de savoir si la vérité sur cette nuit là va enfin voir le jour… mais ça serai me retourner le couteau dans la plaie. Je ne pourrai jamais oublié ce qui s’est passé. J’y repense tous les jours.

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    1. Je ne sais pas quoi te répondre… ce que tu viens de me dire me touche car je n’ose imaginer ce que tu as pu ressentir et ce que tu ressens aujourd’hui. Je pense que quand tu te sentiras prête à lire ce livre tu le sentiras. Comme dit plus haut je n’ai pas fait ça par voyeurisme mais vraiment pour comprendre et m’informer de ce qu’on vécu les soignants cette nuit-là et j’espère que mon avis va bien dans ce sens là…
      Dans tous les cas je te souhaite encore plein de courage car je me doute que ce n’est pas tous les jours facile après avoir assisté à une horreur pareille et qu’aujourd’hui tu te sens «mieux» qu’il y a un an.

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